Trouver son équilibre
Dès la naissance, nous apprenons à trouver notre équilibre, à travers nos premiers pas d'abord puis dans toutes nos activités d'enfant : le vélo et les différents jeux qui demandent une certaine habileté.
Je n'étais pas prédestinée à trouver facilement cet équilibre. J'ai marché vers 18 mois et j'ai eu beaucoup de mal à pratiquer certains jeux d'équilibre.
Il a fallu 40 ans et le diagnostic de mon enfant dyspraxique pour m'apercevoir que je l'étais aussi forcément.
Ce manque d'équilibre s'est répercuté dans tous les domaines de ma vie. J'ai longtemps vacillé et je me sentais déstabilisée même les deux pieds sur terre. La voie du milieu m'ennuyait et m'irritait. Je la trouvais fade, consensuelle et utopique.
Incapable de balances, j'ai souvent fui, abandonné, jeté aux orties et fermé la porte à bon nombre de situations et de personnes.
Parfois, j'essayais de trouver un juste milieu dans mes ressentis et avis, mais cela résonnait encore plus faussement et cela ne dupait personne.
Après avoir vécu de nombreuses déconvenues, je me suis posée cette question : j'abandonne ou je persévère ?
Et j'ai eu cette réponse limpide en moi : Trouve ton équilibre, ta voie du milieu. Pour cela, apprends à te connaître et accepte l'autre pour ce qu'il est.
Dorénavant, j'essaie de rester moi-même sans pour autant prendre ombrage d'être forcément incomprise et différente. J'apprends à maintenir mon cap sans aliéner ni rejeter personne. Pour cela, je n'attends rien, je ne me perds pas, mais je m'incarne tout en respectant les situations et les autres.
Cet équilibre est l'acceptation de ce qui peut être avec les autres ou pas. C'est faire fi de ce qui ne nous ressemble pas tout en continuant à se ressembler. C'est donner et partager tout en sachant fermer l'accès à soi. Savoir poser des limites comme ouvrir sa porte, au moment où notre balance semble adéquate.
Un équilibre ne se justifie pas, il se vit puisqu'il demande une présence bien ancrée afin de ne pas être déstabilisé-e. Il est exigeant par sa concentration constante à identifier le juste milieu.
J'ai déjà trouvé cet équilibre sur mon lieu de travail. J'ai réussi à rester moi-même sans exclure les autres. Mais étant différente, je n'ai pas construit de relations de "badinage-papotage". Je souris, je suis là, j'accueille la présence de l'autre mais je glisse sur les faux-semblants ou autres superficialités. Concrètement, les vacances dans l'enseignement sont une aubaine à mon âge : après 30 ans dans le privé, je savoure pouvoir me recalibrer toutes les six semaines et faire un Reset à chaque rentrée. J'apprécie énormément être en action parmi les élèves tout autant que de pouvoir vaquer librement régulièrement. C'est un luxe et privilège que je mesure grandement.
J'ai encore à trouver l'équilibre personnel : même si j'y tends de plus en plus, je suis encore à accueillir ce qui pourrait être autrement sans pour autant le provoquer ni le rechercher. Je suis ouverte à un autre paradigme même si mon intuition me dit que je suis parfaitement heureuse ainsi car j'ai bâti et créé cette situation (je parlerais plus tard de mon "ermitage" en dehors du travail).
Le piège de l'équilibre est de ne jamais vraiment pouvoir appartenir à un côté comme à un autre tout en étant là, sur un piédestal d'observateur un peu malaisant nous faisant douter de notre réelle capacité à rejoindre l'un ou l'autre.
Trouver son équilibre, c'est parfois se demander si on doit plutôt rejoindre la balance droite qui fourmille ou celle de gauche qui pétille.
C'est voir sans pouvoir parfois.
Les doutes sur cette voie du milieu m'assaillent régulièrement : "Etre comme les autres, faire comme eux pour être moins seule ? " Ce serait m'empêcher d'être ce que je suis. "Partir, abandonner, fermer la porte" ? Ce serait m'empêcher d'exister quelque part aussi.
Je ne souhaite être ni recluse ni envahie.
Cet équilibre s'est posé à nouveau en réouvrant un blog après une dizaine d'années loin de cette écriture virtuelle.
J'aime écrire, cela me fait beaucoup de bien et j'ai pris l'habitude que mes mots puissent être lus.
Mon équilibre serait sans doute d'écrire quand je le souhaite, car après tout, il s'agit de mon espace personnel qui peut accueillir des lecteurs de passage. Cependant, je me suis bêtement posée la question de la récurrence de mes billets. Le doute, toujours le doute.. Oui, je me suis souciée de ce que pouvait induire le fait de poster un billet assez souvent. Soyons honnêtes, nous ne pouvons pas nous empêcher de penser à "ce qui se fait" et si on y déroge un peu, comment cela peut être perçu (à l'époque de mes anciens blogs, j'ai souvent été décriée comme ne maîtrisant pas les codes appliqués par les bloggers, donc je ne me fais pas complètement des idées à ce sujet).
Mais voilà : personne ne m'empêche d'écrire tous les jours si telle est mon envie. Le faire pour soi. Pas contre soi, ni contre les autres. Pour soi. Si je prends cette liberté, je ne dois rien attendre des autres (qu'ils apprécient ou pas, qu'ils viennent me lire ou commenter) tout en les accueillant à bras ouverts et respectueusement s'ils passent par là. Avoir son idée mais ne pas se faire d'idées. Emettre et accueillir ce qui en découle. Agir, c'est risquer. Accepter ce qui en découle. Assumer.
Trouver son équilibre en toute situation n'est pas chose aisée, cela demande du travail sur soi. Je pars du principe que l'on peut être soi dans un monde empli de diktats contradictoires et fluctuants tout en ne rejetant pas ceux qui en sont dépendants, soi y compris.
Je pense que l'on trouve son équilibre en se posant ce paradigme : " Sois libre tant que cela n'entrave pas la liberté des autres. Et accepte ta différence."

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