Conserver et chérir

 


Cette semaine a donc êté un tournant dans la déposition de ma vie. Même si j'en suis l'instigatrice, je ne m'y attendais pas du tout, ce n'était ni prévu, ni planifié.

Le barrage a sauté un soir de vacances printanières, sans crier gare. Alors que je ne me l'autorisais pas depuis des années, le flot de larmes m'a submergée. Une fois tari, j'ai enfin admis le manque de mon fils, celui que j'avais vu partir un jour, jeune et beau et dont les promesses d'un avenir croisé s'écrasaient lamentablement. 

Je n'ai jamais voulu manquer de respect à mon enfant, c'est pourquoi j'ai tout accepté très rapidement. Je ne me suis jamais sentie le droit de juger et remettre en question ses propres quêtes. La question n'était pas ma non-adhésion, je n'avais aucune légitimité pour l'imposer. De toutes manières, elle aurait été malvenue car de fait, un individu n'a pas à être dépossédé de ses choix, aussi mortifères soient-ils pour les autres.

Voilà donc 7 ans que je vogue sur l'acceptation tacite. Et cela n'a pas changé.

Mais il y a une semaine, en pleurant, je me suis enfin autorisée à accueillir ce deuil particulier d'avoir vu disparaître l'identité de mon enfant (la période de son changement de prénom fut très difficile pour moi, d'autant qu'il qualifiait celui que je lui avais amoureusement donné de "dead name"). Identité à l'état civil et identité physique.

Mon fils me manque terriblement. Je ne peux pas le lui dire mais au moins je peux l'écrire. 

Alors, j'ai pleuré.

Puis, j'ai ouvert ce blog et j'ai déposé cette douleur dès le premier texte, ouvertement. Chose inédite pour moi car je n'en parle à strictement personne autour de moi, seule une amie est dans la confidence.

Ensuite, j'ai été récupérer toutes les photos que j'avais de lui adolescent dans mes anciens blogs privés, dans des cartes SD et USB. Je ne les avais pas regardées depuis 7 ans. Cela m'a procuré de la tendresse et une forme d'évidence est apparue : j'ai eu énormément de chance d'avoir pu vivre tous ces moments avec lui.

En me lisant, on pourrait me croire affligée et en détresse. Ce ne serait pas la vérité. Je me suis construite dans l'Après. J'ai gagné en force, autonomie, liberté, paix et sérénité. Je me suis dégagée de beaucoup de poids et j'ai pu faire énormément de travail introspectif. 

Mais voilà, je n'avais jamais admis que mon fils, celui de l'Avant, me manque. L'avoir posé ici me remet un peu plus en position centrale et non sur le bas côté.

Je suis très heureuse de l'avoir écrit.

Demain, c'est la reprise. Je vais retrouver avec bonheur mes élèves à besoins éducatifs particuliers, ceux dont l'identité est encore très fragile, abîmée par de nombreux aléas et rejets. Savoir que je peux guider tous ces jeunes année après année est un cadeau de continuité dont je suis extrêmement reconnaissante et que je vis avec grand bonheur.

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