Plus grands que le monde

 


Comment vivre (ou survivre) après l'accident mortel brutal de l'aîné de 14 ans ? C'est l'histoire du magnifique roman de Meredith Hall "Plus grands que le monde". Ce livre dépeint magnifiquement le chemin de l'Après dans une famille endeuillée qui vivait jusqu'alors des journées de grâce dans l'amour, l'entraide et l'éducation de trois enfants au sein d'une ferme laitière.

Ici, il ne s'agit pas de descente aux enfers, mais de l'Après. Certains instants de vie souvent brutaux  ne permettent plus jamais de revenir à l'Avant malgré tous les efforts, la volonté. Ce sont justement ces ruptures du temps comme un rideau tombant sur la première scène qui nous font saisir toute l'impermanence de nos vécus. Ce sont ces tragédies qui nous ouvrent à la réalité de notre matérialité. Toute la gageure est de ne pas y déceler une fatalité illusoire teintée d'obscurité mais juste un épisode clos : oui, on ne se remet jamais d'un évènement aussi tragique, en cela, nous n'avons d'autre choix que de l'accueillir. Ce qui va se dérouler ensuite sur le nouveau chemin, qui n'octroie aucun retour en arrière sans tomber dans le précipice laissé, relève là du libre arbitre, totalement. Même si nous ne semblons pas maîtriser la douleur, la peine, la colère, nous les nourrissons ou nous les affamons. 

La maman dans ce livre m'émeut terriblement. Le jour d'après, la lumière s'est éteinte à tout jamais dans son coeur. Les années défilent, ses deux autres enfants grandissent, son mari s'éloigne, et elle reste juste.. éteinte.. Pas déprimée ni pleureuse.. Juste éteinte, errant comme un fantôme, malgré sa volonté intérieure de se ressaisir. Elle ne peut plus aimer, ni toucher, et en cela, elle se dépossède de son rôle d'épouse et de mère, malgré elle.

Bien évidemment que ce livre entre en résonance profonde avec mon vécu même si mon évènement déclencheur d'un Après ne fut pas aussi tragique.

Mais le jour de janvier 2019 où je suis rentrée chez moi et ai vu la chambre de mon fils rangée, le lit fait,  le bureau vidé de ses possessions préférées, j'ai su, que, quoiqu'il advienne, débutait un "Après" pour moi, cette deuxième scène ouverte à la réalité sans illusions. 

Cet Après, je l'ai d'abord vécu dans la douleur, dans la volonté de rétablir, reconstruire. Puis dans la colère silencieuse de subir sans choisir.

L'acceptation est venue doucement, m'amenant les clés des portes salvatrices, celle de la compréhension de l'autre, du respect, du non-jugement. 

Le champ des possibles s'est alors étendu à mes pieds. J'ai attrapé cette liberté et j'ai galopé pour me conquérir.

Aurais-je défié et réussi tout ce chemin sans cet événèment brutal dans mon existence ? Sincèrement, je ne le crois pas. 

Suis-je la même personne ? Oui et non. Je me rapproche plus de mon essence perdu après une enfance sans amour mais je ne me laisse plus bercer par ce qui n'est pas.

 Un Après n'est jamais tout blanc ni tout noir. Ce nouveau chemin, je l'ai voulu ensoleillé et serein mais je l'ai conquis seule. J'ai adopté cette solitude qui me va comme un gant, j'y évolue en toute plénitude. 

J'arrive à une orée où j'ai à nouveau besoin de me bousculer. C'est sans doute cette part de relation humaine plus intimiste qu'il va me falloir désormais reconstruire, doucement et harmonieusement, sans excès. Reprendre l'écriture ici en est le premier pas de traverse.

En cela, je ne ressemble pas vraiment à la maman de ce magnifique livre : j'ai rallumé la lumière mais elle est encore peu diffuse. Avec l'envie qu'elle devienne plus grande que le monde.

Commentaires

  1. Un Avant et un Après, oui, c'est ainsi lorsqu'un événement surgit brutalement, sans qu'on s'y attende, sans qu'on s'y prépare. J'ai envie de dire, même si ce n'est pas évident à faire, que l'Après nous oblige à changer, à ne pas rester sur nos acquis, sur nos certitudes, de toute façon, nous n'avons pas le choix, nous devons construire, reconstruire notre vie avec des données différentes. Quand tu dis : Suis-je la même personne ? Et que tu réponds : oui et non. Je suis entièrement de ton avis. Bien sûr que l'on est la même personne, car au fond de soi, on est toujours la même personne, mais il faut intégrer ces changements et forcément il y a quelque chose en nous qui doit évoluer, qui doit accepter, mais on est toujours la même personne.
    Tes textes me parlent beaucoup, Avalon, sans doute parce qu'ils résonnent en moi.
    Bonne soirée, merci.

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