La poussette
Mon compagnon adoré à 4 pattes, Marley, a eu 14 ans le 17 avril dernier. Autant dire qu'il fait partie de la catégorie Seniors. Il n'a pas de gros problèmes de santé si ce n'est un souffle au coeur et un peu d'arthrose.
Depuis quelques temps, ses promenades sont tranquilles, il a perdu la vivacité de sa jeunesse. De plus, il fait souvent chaud dans le Sud et il a du mal à le supporter.
Désireuse de vivre notre compagnonnage le plus joyeusement possible, j'ai décidé de lui acheter une poussette l'année dernière. Quel bien m'en a pris ! J'adore marcher et de toutes façons, je ne suis pas véhiculée, j'ai donc pris l'habitude de faire de grands trajets à pied. Quand on n'a pas de voiture (un choix depuis 2009, sans doute l'une de mes plus belles décisions), la marche est une évidence. En être privée serait mortifère.
Je monte aussi dans les bus avec la poussette, des espaces sont prévus à cet effet, même si en général, les bénéficiaires ont beaucoup moins de poil. J'amène même la poussette au lycée puisque je vais chercher Marley chez sa nounou après mes cours. Tout le monde connaît Marley dans mon établissement scolaire. Le week end, nous marchons une bonne dizaine de kms avec beaucoup de pauses pour admirer la vue et se câliner.
Le panier en bas de la nacelle me permet de transporter mon sac, un pique nique, de l'eau, sans que cela soit une charge pour moi, l'aubaine.
Par contre, je n'aurais jamais imaginé être autant approchée par des inconnus. Je n'exagèrerais pas en disant qu'une personne croisée sur 3 réagit au passage de Marley dans sa poussette. Il faut dire qu'il a une bonne bouille et il est tout blanc. De plus, il adore se faire trimballer et profite bien du voyage, la tête à l'extérieur.
Les réactions différent beaucoup mais bizarrement se ressemblent en fonction du genre et de l'âge.
Les enfants me montrent tous du doigt en disant "T'as vu le chien dans la poussette ?"
Les hommes ont quasiment tous les mêmes phrases " Il en a de la chance ! "Lui, c'est le plus heureux !" "Vous ne pouvez pas me pousser moi aussi ?"
Les femmes de mon âge ont la bouche et le coeur en fleurs "Oh il est mignon" et s'arrêtent pour le caresser et discuter avec moi.
Et puis, il y a les autres. Les tout gris du coeur. Et croyez-moi, ils sont malheureusement assez nombreux. Les silencieux me regardent avec un air méprisant ou un regard noir, c'est selon. Et certains me balancent des méchancetés. Et oui, j'ai aussi le droit à des insultes. Je ne dérange personne, certainement beaucoup moins que les trottinettes (qui pullulent sur les trottoirs méditerranéens) et les vélos qui montent sur les trottoirs. Mais voilà, je dérange l'ordre établi, le consensus, l'échelle de la hierarchie du vivant.
J'ai été élevée par une maman qui fait partie des tout gris. D'ailleurs, je sais qu'elle s'est moquée de moi pour la poussette car elle raccroche toujours mal le téléphone et elle ne peut pas s'empêcher de balancer des méchancetés à mon égard à peine les au revoirs administrés. Depuis ma plus tendre enfance, j'ai été assenée de "Tu ne vas pas sortir comme çà !" ou carrément "Que vont dire les gens ?".
Il s'avère qu'aujourd'hui, je m'en fiche pas mal de ce que disent les gens. J'ai un seul principe à cet égard : je fais ce que je veux tant que cela n'entrave pas la liberté d'autrui et ne leur manque pas de respect.
Je continue à respecter certains codes sociaux pour un bien vivre ensemble, mais pour le reste, je suis détachée de cela.
S'autoriser à vivre demande de faire des choix, de trouver des systèmes D et d'écouter ses ressentis.
La poussette m'a permis d'être toujours en pleine action avec celui qui partage mon existence et donc de vivre des tas de beaux moments :







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